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3 avril 2020

Entretien avec Martin Crespi, directeur de l’Institut des Sciences des plantes Paris-Saclay (IPS2)

Martin Crespi, directeur de l’Institut des Sciences des plantes Paris-Saclay (IPS2), membre du Conseil scientifique d’Agropolis Fondation depuis 2019, s’est prêté au jeu des questions à l’attention des membres du CS...

Pourquoi êtes-vous devenu chercheur ?

Je pense que j’ai toujours aimé la biologie. Dès l’adolescence, j’ai été passionné par la biologie moléculaire. Il faut dire que mon père était scientifique aussi. Il régnait une ambiance de sciences à la maison. J’ai grandi au moment de la montée en puissance de la biologie moléculaire, avec une transition dans la compréhension de la biologie par l’utilisation de nouvelles méthodes : faisant appel à la physique et aux mathématiques. Ces évolutions qui ont amené, par exemple, à la découverte de l’ADN et son code génétique. Après avoir étudié initialement la physique chimie, avec ma thèse, je suis entré dans la biologie moléculaire et la compréhension des mécanismes moléculaires contrôlant la formation des tumeurs. Plus tard, dans le cadre de mon post-doc je suis devenu fasciné par la recherche sur les plantes, des organismes pluripotentiels capables de générer tous ces organes après la germination (la naissance ?).

Que signifie pour vous une « communauté scientifique » ?
Lorsque j’ai démarré ma carrière de chercheur, un concept très individualiste de la manière de faire la science dominait. Depuis 20 ans, j’ai constaté une évolution vers l’interdisciplinarité plutôt que la concurrence entre disciplines. Auparavant, les chercheurs étaient focalisés sur un problème spécifique et la science était plus compartimentée, dans une perspective moins collective. Aujourd’hui, on associe plus volontiers différentes disciplines et chercheurs avec des expertises complémentaires pour mieux comprendre des phénomènes biologiques, faire émerger de nouvelles idées, à travers des nouvelles méthodes combinant de la modélisation mathématique jusqu’à la biologie et l’évolution afin d’étudier le vivant. Une communauté scientifique c’est donc pour moi, avant tout, un groupe de chercheurs qui s’intéressent à un problème commun. Personnellement, je pense appartenir aujourd’hui à différents « niveaux de communauté » : dans un premier plan, j’appartiens à la communauté scientifique de la biologie des plantes, plus restreinte. Mais j’appartiens aussi à une communauté qui se préoccupe de ce qui est lié à l’agriculture, à l’agronomie. Il s’agit d’une communauté de recherche plus intéressée par l’enjeu sociétal de la recherche. Elle est différente, plus large et pluridisciplinaire. Ces dix dernières années, cette seconde communauté a développé des outils qui permettent de faire le lien avec la première, à l’instar de la sélection génomique, la recherche des allèles d’élite en utilisant des méthodes génomiques pour identifier des variantes de gènes particulières impliquées dans le contrôle des caractères agronomiques, comme la tolérance au changement climatique : on travaille sur des applications réelles. Enfin j’appartiens à une troisième communauté, celle qui réfléchit sur l’évolution des relations science-société : chacun sort de sa spécialité pour réfléchir à la question de savoir comment organiser la science, comment mieux définir de bonnes politiques scientifiques et améliorer l’impact de nos recherches sur la société.

Pourriez-vous raconter brièvement un fait marquant/un détail/une anecdote issue de votre participation au conseil scientifique de la Fondation ?
Ce qui m’intéresse c’est précisément d’apporter ma vision de la biologie fondamentale des plantes à Agropolis Fondation, que je vois comme un catalyseur visant à rapprocher la recherche fondamentale des questions de production agricole, d’écologie, d’environnement, et surtout d’agronomie. Et ceci, pas seulement sur le territoire européen, mais dans une dimension internationale très large. J’ai été dans plusieurs autres conseils scientifiques (IRD, CSIC -équivalent du CNRS en Espagne, etc.) et j’ai de fréquentes interactions avec l’Amérique latine, ou l’agriculture est un enjeu majeur. Mon laboratoire a créé un Laboratoire international du CNRS associé à un laboratoire en Argentine (dont je suis originaire) pour profiter de ces échanges.
Je participe au CS depuis un an et je trouve que l’ambiance de travail y est sérieuse et intéressante. Mais j’apprécie également la convivialité des échanges informels, en dehors de la réunion, avec des chercheurs des différents pays. Je crois que cette dimension internationale du CS est une richesse, et qu’elle doit être maintenue.