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6 mars 2020

Entretien avec Marco Wopereis, directeur général du Centre mondial des légumes, nouveau membre du Conseil scientifique d’Agropolis Fondation

À quelques semaines du 27e CS de la Fondation, nous vous proposons de faire connaissance avec les membres (passés, actuels) de notre conseil scientifique. Second membre du CS à se prêter à l’exercice, Marco Wopereis, directeur général du Centre mondial des légumes (World Vegetable Centre) désigné membre du CS pour la période 2020-2024.


1. Pourquoi êtes-vous devenu chercheur ?
Par hasard. Mon rêve était de devenir vétérinaire. Mais aux Pays-Bas, d’où je viens, cela signifie passer un numerus clausus, avec une centaine de places disponibles à l’université d’Utrecht pour 1 500 candidats. J’ai essayé quatre années de suite, puis j’ai abandonné. Entre-temps, j’ai dû faire autre chose. J’ai commencé les sciences animales à l’université de Wageningen, mais je me suis vite rendu compte que c’était quelque chose de complètement différent que de devenir vétérinaire. Au bout de six mois, je suis passé à quelque chose de plus terre à terre : la science des sols. J’ai vraiment aimé ça - beaucoup de travail en plein air. J’ai également fait un stage à l’INRA à Rennes, en France, qui a donné lieu à une excellente publication grâce à une directrice de recherche très encourageante, Chantal Gascuel. J’y ai également amélioré mon français, car il était assez difficile de se débrouiller en anglais à l’époque.
En 1988, j’ai obtenu mon diplôme de pédologue. Cependant, il n’a pas été facile de trouver un emploi dans ce domaine. J’ai commencé à travailler comme programmeur informatique au 12e étage d’un immense immeuble de bureaux à Utrecht. On y buvait beaucoup de café. Le soir, j’oubliais tout et le lendemain, je récupérais le code là où je l’avais laissé la veille. C’était paisible et peut-être un peu ennuyeux. Puis un jour, mon professeur Johan Bouma m’a appelé - il avait besoin de quelqu’un pour prendre en charge la coordination d’un projet sur l’amélioration de la gestion de l’eau dans les sols rizicoles aux Philippines. J’allais travailler à l’Institut international de recherche sur le riz, qui était alors le plus grand institut de recherche international du monde. J’ai dit oui, bien sûr, j’ai raccroché et j’ai ensuite regardé sur la carte pour situer les Philippines. J’étais ravi ! J’allais voir un nouveau pays, rencontrer de nouvelles personnes et travailler sur un sujet intéressant en rapport avec ce que j’avais étudié. C’était le début de ma carrière scientifique.
Je suis donc devenu chercheur par hasard. On peut avoir des ambitions - comme moi celle de devenir vétérinaire, mais cela peut ne pas marcher. Rétrospectivement, peut-être que si j’étais devenu vétérinaire - alors j’aurais passé ma vie aux Pays-Bas à opérer des chats et des chiens dans un pays où il pleut tout le temps... Mais il ne faut pas s’enferrer dans ses ambitions : il existe tant d’opportunités intéressantes et amusantes.

2. Que signifie pour vous l’expression « communauté scientifique » ?
Une communauté scientifique peut signifier un club assez étroit de personnes travaillant dans le même domaine thématique. Par exemple, lorsque j’étais à AfricaRice, nous travaillions avec des groupes de travail thématiques, réunissant des chercheurs nationaux et d’AfricaRice autour d’un sujet particulier, par exemple les maladies du riz, la sélection du riz ou l’agronomie du riz. Mais cela peut aussi être beaucoup plus large. À WorldVeg, nous travaillons de plus en plus dans le cadre du système alimentaire, en examinant les contraintes des systèmes d’approvisionnement en légumes, l’environnement alimentaire lui-même et les obstacles à une consommation accrue de légumes. Cela nécessite une communauté scientifique très large. Enfin et surtout, une communauté scientifique devrait toujours utiliser et s’appuyer sur les connaissances indigènes, par exemple les connaissances agronomiques qui existent chez les agriculteurs. Je garde un bon souvenir du travail que nous avons effectué avec les agriculteurs d’Afrique de l’Ouest dans les vallées intérieures, en utilisant une approche d’apprentissage participatif et de recherche-action pour améliorer la productivité du riz dans ces environnements difficiles. Le point de départ était toujours la connaissance des agriculteurs, et les agriculteurs faisaient partie intégrante de notre communauté scientifique.

3. Quelles sont vos ambitions et vos attentes en ce qui concerne le Conseil scientifique d’AF ?
Je suis enthousiaste à l’idée de faire partie d’un groupe de personnes très compétentes et de contribuer à l’important travail de la Fondation. Les trois axes de la Fondation (changement climatique, biodiversité, et production et consommation responsables) sont extrêmement pertinents. Le Conseil scientifique devra fournir des orientations et des recommandations au réseau scientifique de la Fondation afin de garantir que ces trois axes s’épanouissent, interagissent et se connectent avec d’autres partenaires scientifiques et aboutissent à des résultats positifs pour l’agriculture et les systèmes alimentaires dans le monde entier.