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Reducing the use of pesticides in tropical agriculture [workshop]

Réduire l’utilisation des pesticides dans l’agriculture tropicale.

Si les impacts négatifs de l’utilisation des pesticides tant sur la santé humaine que sur l’environnement sont aujourd’hui reconnus par de plus en plus d’acteurs de la société (scientifiques, décideurs publics, société civile, entreprises privées, etc.) avec comme corollaire le lancement d’initiatives et de politiques publiques visant à réduire leur utilisation au Nord (dont le plan ECOPHYTO en France et la politique du Green Deal en Europe), la question de la réduction des pesticides dans les agricultures tropicales est encore trop peu abordée. À Montpellier, un grand nombre de scientifiques du CIRAD, de l’IRD, de l‘INRAE et de l’UM travaillent depuis de nombreuses années sur des solutions innovantes permettant d’offrir des alternatives à l’utilisation des pesticides. Le programme ECOFFEE lancé par le CIRAD et soutenu par Agropolis Fondation depuis 2019 a permis de réunir autour de la table les industriels de la filière café (producteurs et torréfacteurs) pour commencer à définir ensemble un agenda commun visant à terme la réduction forte des pesticides dasn la filière. Au-delà de la filière café, ce sont toutes les filières tropicales d’exportation et de consommation locale (cacao, banane, riz, horticulture…) qui sont concernés par cet enjeu de réduction des pesticides. En ce sens, la communauté scientifique de Montpellier exprime le besoin de travailler davantage ensemble, de partager les expériences, outils et méthodologies (notamment en termes d’évaluation et de diagnostics), de réfléchir à des indicateurs communs et de développer une stratégie d’ensemble visant à modifier en profondeur et de façon durable les politiques publiques et les pratiques des acteurs sur l’ensemble des filières tropicales.

Les objectifs de cet atelier d’un jour et demi, les 11 et 12 octobre 2021 étaient :

  • De dresser un bilan des enjeux inhérents à l’utilisation des pesticides dans les filières tropicales (santé, social, économique, agronomique…).
  • De revenir sur différentes initiatives de réduction des pesticides dans les filières tropicales portées par la communauté scientifique de Montpelier.
  • De lancer un processus de co-construction sur la durée d’un agenda commun visant la réduction de l’usage des pesticides dans les filières tropicales : structuration et fédération d’un réseau enrôlant les principaux acteurs des filières, échanges de connaissances, partage d’expériences d’outils et de méthodologies (diagnostics, indicateurs…), connexion aux politiques publiques…

Au final cet atelier, très riche et dont le détail des présentations est disponible ci-dessous, a permis 1) de relever ce qu’il est important de prendre en compte pour bien saisir l’enjeu de réduction des pesticides dans les filières tropicales ; 2) d’identifier les priorités d’action pour la construction de cet agenda commun ; 3) d’identifier les principales contraintes ou verrous qui limiteraient la réalisation de cet agenda.

L’atelier a mis en évidence l’originalité de la focale sur les zones et filières tropicales qui représentent 40% des surfaces du globe, 80% de la biodiversité naturelle, une démographie en augmentation et des réalités de terrain spécifiques : usages non règlementés, gestion des stocks, moins d’information sur les dangers, difficultés d’accès au matériel de protection, renforcement de la pression parasitaire etc. L’ensemble de ces réalités est difficile à saisir du fait du temps long des effets des pesticides. Il faut donc agir pour le court et le long terme simultanément. Les définitions de ce qu’est l’exposition, le risque ou les effets des pesticides sont complexes à élaborer notamment du fait des multiples interactions entre compartiments environnementaux. Ceci oblige à combiner des approches expérimentales en labo et sur le terrain et donc à devoir élaborer et combiner des indicateurs multiples ce qui ne s’simplifie par la communication des résultats de la recherche. Réduire les pesticides dans les filières tropicales est également difficile car les systèmes sociotechniques sont verrouillés. Les producteurs sont dépendants de pratiques établies et de contraintes financières et économiques qui rendent d’autant plus difficile le changement. Pour autant, il faut également avoir conscience que le contexte est favorable (stratégie farm to folk de l’Union Européenne, montée en puissance de l’agroécologie et des démarches systémiques type One Health), que des alternatives fonctionnent (banane aux Antilles, filières bio…) et montrent les capacités d’apprentissage collectif des acteurs concernés. Il est alors important de tirer les leçons (y compris des programmes dont la réussite est plus mesurée comme le plan Ecophyto en France ou la trop lente diffusion des réseaux d’agriculture biologique) et de s’appuyer sur ces exemples positifs.

Riche de ces constats et enseignements, la constitution d’un agenda commun doit passer par une meilleure interconnaissance entre les acteurs du problème afin de croiser une pluralité d’expertise et d’intégrer l’ensemble des acteurs concernés (partenariats pluri-acteurs). Le but serait alors de construire des questions communes en croisant les méthodologies (construction des indicateurs, prélèvement sur le terrain, conservation des échantillons…) et en croisant les disciplines (santé, environnement, agronomie, santé des sols, SHS…). L’intégration des sciences humaines et sociales semblent particulièrement importante pour 1) mieux penser l’analyse critique du jeu d’acteurs et notamment la « fabrique de l’ignorance » et 2) pour mieux prendre en compte les enjeux économiques liés aux verrouillages sociotechniques identifiés. Le réseau ainsi constitué doit s’atteler à mieux capitaliser et partager les données existantes notamment pour mieux s’outiller et pour mesurer les effets des pesticides. Il doit travailler à différentes échelles de la molécule au territoire ou au bassin versant et s’appuyer sur des innovations 1) techniques (biopesticides, nouvelles technologies…) ; 2) sociales et organisationnelles ; 3) agronomiques (changement de variétés…) ; 4) sur les solutions traditionnelles déjà utilisées. Ce réseau ou cet agenda commun doit penser dès le début le lien aux politiques publiques (construction d’un plaidoyer qui pourrait, par exemple s’appuyer sur des indicateurs communs ou sur l’utilisation de modèles complexes comme l’ACV) et aux citoyens et consommateurs en privilégiant des approches participatives. Enfin, avant de constituer ce réseau, il serait important d’un préciser l’objet exact : l’objectif est-il d’accompagner le changement ou d’identifier des parcours de rupture et des solutions ? Il faudrait aussi rapidement identifier la liste des acteurs concernés et les bailleurs intéressés qui pourront soutenir cette démarche.

Enfin, lors de cet atelier, les plus gros risques identifiés pouvant faire échouer la construction de cet agenda commun sont :

  • La difficile construction d’une gouvernance cohérente de ce programme (le cas du mouvement agroécologique a été pris en exemple). Ainsi, comment construire un réseau qui entrerait en synergie et non en concurrence d’autres réseaux et initiatives existantes sur le même sujet ?
  • Les grandes difficultés à partager les données et les informations collectées de par leur grande hétérogénéité et diversité (grands nombres d’initiatives) mais aussi à cause des réticences à partager des données encore jugées trop confidentielles, non stabilisées ou non publiées.
  • La surreprésentation de certaines disciplines et spécialités par rapport à d’autres. Ainsi, il a été évoqué le manque d’économistes spécialistes de ce domaine alors que les verrous économiques ont été largement identifiés comment centraux pour changer le système. A l’inverse, de nombreux chercheurs travaillent à l’échelle de la parcelle et des pratiques agricoles ce qui semble insuffisant pour initier une réduction générale de l’usage des pesticides.

Si ces derniers points de vigilance ont été abordés durant ces deux jours, l’atelier s’est clos sur une forte volonté des acteurs présents à continuer à échanger et à travailler ensemble afin de se structurer et mener à bien cet agenda commun.

Un compte-rendu long de l’atelier, intervention par intervention est disponible ci-dessous.

Compte-rendu long de l’atelier

Sinon vous pouvez avoir accès aux présentations power point et aux vidéos de chaque intervention également en bas de la page.

Les enregistrements vidéos du Workshop sont disponible sur notre chaîne Youtube.


Visionner le Workshop